Lundi 7 juillet 2008 1 07 /07 /Juil /2008 15:34

Nous voilà de retour de notre escapade dans la Suisse des cartes postales. Nous sommes passés par Bern, par Interlaken, nous avons dormi à Brienz, petit village dont le lac porte le même nom, nous avons pris le train à vapeur de haute montagne, avons passé une journée au Musée de Ballenberg (un musée de l' habitat rural suisse par canton et spécificités à ciel ouvert), avons pris le funiculaire le plus ancien d’Europe qui mène aux chutes et à l’hôtel de Giessbach (ce funiculaire a été construit afin  de faciliter l’accès de la dernière étape vers l’hôtel aux voyageurs arrivant par bateau en 1879 !) – Cette balade vaut le détour. L’hôtel étant très romantique et n' étant accompagné que d’un ami, je n’ai pas désirer y passer une nuit. Nous y avons juste pris le dîner et fait une ballade aux pieds des chutes.

Lorsque je parlais de cartes postales, je pense que je ne m’imaginais pas à quel point c’est authentique. Dans les villages, et les villes mêmes (comme pour Interlaken) il semble que le temps s’est arrêté ou qu’il prend son temps, justement, sans vouloir le dépasser. La nature y est omniprésente, respectée car faisant partie intégrante du tout. C’est incroyable Alain  : Il n’y a pas de béton, ou si peu, il y a des lacs partout, des rivières, les montagnes , nous sommes au cœur des Alpes, sont partout. Il y a toujours des entreprises de qualité pour faire tourner les villages, les bourgades. Ces entreprises permettent un de fournir un emploi et de maintenir une population active et des revenus. Ceci permet de ne pas avoir une population vieillissante ou basée uniquement sur les sports d’hiver et/ou le tourisme d’été, trop peu lucratif pour certains villages.

Les eaux des lacs (comme celui de Brienz, où nous avons séjourné quelques jours) sont de couleur turquoise. Il n'y a pas à aller au bout du monde pour trouver une telle couleur d'eau. Cela me rappelle la couleurs des "gouilles", des rivières des Cevennes. 
En rentrant, la puce a voulu regarder le film que nous avions fait. La première remarque que je me suis faite est qu’il y règne un calme (ou un bruit) apaisant. Les sons sont si agréables, si tranquilles. Certes il y a des voitures, ce n’est pas le Moyen-Âge non plus, mais il n’y en a suffisamment pas trop pour ne pas prendre le dessus des sons naturels qui nous entourent et qui sont si harmonieux. Juste ce qu’il faut pour être agréable. Les gens marchent souvent, les distances étant raisonnables et le temps étant mis à disposition, nombreux vont à vélo,  beaucoup en deux roues ou utilisent les transports en commun : trains, bateaux (beaucoup de lacs) et bus. Il y a d’ailleurs encore des bus postaux, même si ces derniers ne sont plus publics (la poste a été privatisée récemment en Suisse). Dans le temps, la Poste (service public) avait ses propres bus pour acheminer les enfants et les gens d’un village à l’autre. Ils avaient un klaxon particulier, pour avertir aux croissements dans les virages en épingle. Aujourd’hui ces bus sont neufs et spacieux, privés et cependant, ont conservé leur usage ("Pourvu que ça dure"). C’est de surcroît, un excellent moyen de se déplacer pour les touristes car ils suivent un itinéraire plus rural et sont un excellent moyen de découvrir les régions.

La cuisine est plutôt rustique (un peu comme celle des villages de ma région, la Haute-Savoie) et ne convient pas pour tous les jours de l’année, car très lourde. Toutefois elle est agrémentée de produits du terroir de qualité, souvent produits localement : Et oui, ça se passe encore comme ça dans de nombreuses régions de Suisse. ! J’ai souvent du mal à le croire. Quand je regarde Genève, la banquière et la ville internationale, j’ai tendance à ne plus voir cette part de la Suisse, pays soucieux de son environnement, de sa culture et de ses gens, qui aime les traditions sans être conservateur, qui aiment le beau sans dédain. Je comprends mieux pourquoi ce label « made in Switzerland » est synonyme de qualité, un peu partout.

J’ai mis du temps à visiter la Suisse alémanique, qui représente pourtant la plus grande part de la Suisse , et ce en raison du barrage de la langue. J’ai fait trois ans d’allemand mais suis une bille, car je n’aime plus cette langue. Une prof m’a dégoûté (et je l'ai eu deux ans de suite) et je n’ai jamais plus fait d’effort pour apprendre. J'ai même fait un blocage. Le suisse allemand, c’est très particulier, et puis il y en a plusieurs, et il faut choisir. J’ai commencé à m’apprivoiser avec Zurich, ville où j’ai souvent séjourné pour mon travail et ensuite par plaisir. Ce sont des gens charmants, qui contrairement aux suisses romands, dont je suis assimilée d’ailleurs (alors que nous sommes en représentation minoritaire). Ils parlent presque tous le français et savent généralement parfaitement l’anglais (la Suisse est un pays très touristique il ne faut pas l’oublier, on y rencontre par conséquent un peu tout le monde : des Asiatiques (Japon, Chine, Corée) aux Indiens, des Orientaux aux Américains…c’est toujours un passage « oblige » des circuits en destination de l’Europe, et pour de nombreuses raisons. Il me semble même qu’il y a le plus grand nombre de haltes (en tout cas pour les Asiatiques). En effet, outre l’aspect « Made in Switzerland » (chocolat, fromage, horlogerie de qualité et de luxe), il y a sa position internationale et géographique qui en fait un pays très touristique. De plus, de nombreuses régions sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco et sont uniques !


Genève ou bien :

Malgré la beauté de ses quartiers, malgré son ouverture à la culture (spectacles gratuits de qualité), Genève devient de plus en plus hautaine, avec sa population de fonctionnaires internationaux, d’avocats, de banquiers, de people et touristes de luxe (arabes, russes, etc.), agressive et polluante (trafic, 4X4), grandissante.

Cette escapade de trois jours m’a fait un bien fou et me confirme que le monde qui m’entoure fait tout faux, ou presque. J’adore mon métier, mais ce dernier se trouve de plus en plus contaminé par le côté show off , dont Genève se fait la vitrine et l’ambassadrice (nous sommes loin de l'image des Sissi – impératrice assassinée à Genève d’ailleurs). Une ville certes de traditions conservatrices (dans le sens positif du mot) qui tend à devenir une conservatrice opportuniste, avec tous ses travers.

Il n’empêche que j’aime vraiment cette ville (j'y ai mis le temps), cette ville que chantait Marie Laforêt dans « Genève, ou bien » : Une chanson méconnue et pourtant si belle, surtout lorsque l’on vit à Genève et que l’on connaît cette ville, ses quartiers et ses alentours, sa campagne. J’aime son atmosphère dès qu’elle retrouve un caractère familial et léger, plus proche des parcs que d’un bureau, d’un vélo que d’un gros moteur. J’aime Genève les dimanches par exemple, quand les bureaux et le centre se vident de ses uniformes qui se rendent vers une résidence secondaire à la montagne, dans sa propriété privée au bord du lac ou isolée, à bord d’une grosse cylindrée. Laissant en ville l’autre partie de Genève, celle qui te sourit et ne te regarde pas de haut, ou alors aux fenêtres de sa maison ou d’un bus et répondent aux "coucous" d'une enfant de trois ans. Genève plurielle et fière, un peu comme celle de l'été "PACE" aux fenêtres, après la tenue du G8. 

Genève, la grande gueule , comme la nomme les autres cantons, s’anime mais n’est pas bruyante, elle est mixte et harmonieuse, diverse et unique. Il y a un côté « on se sent bien ici » !

Genève la banquière, oui, mais celle qui m’a appris à aimer ce métier et non celle qui se multiplie et se propage.

Genève la riche, oui mais authentique, vraie et sociale car respectueuse des gens, de ses gens. Genève qui vit avec son temps, mais qui ne le devance pas, ne le limite pas. Qui opte pour le progrès social et non le progrès qui profite à si peu.

Genève, ville de Rousseau, de Dunant et non des Stern and Co ( seule la fonction des personnages est donnée en exemple).

Genève n’a pas à rougir de ses banquiers, de ceux qui ont fait d’elle une place mondialement reconnue, et dont certains élèves subsistent. Par ailleurs, grâce à une communauté plurielle et vivante, elle perpétue son nom d’internationale (avec toutes ses belles valeurs), malgré l’ombre institutionnelle bureaucratique souvent qui s’est installée et qui s’élargie - Alors même que la ville (et le Canton) manque de logements habitables (un des pires cantons selon les chiffres officiels), elle va construire une nouvelle aile pour répondre aux exigences internationales (l’OMC s’agrandit)…

Comme à travers diverses réflexions, Genève, en tant que ce qu’elle représente, devient paradoxale, car se déshumanise au nom d’intérêts particuliers ou de mimétisme et probablement en raison du laisser-faire général. Ici aussi, la tendance est à la division des gens.

Plutôt que de courir les stations de renoms telles que Megève, Courchevel, Verbier ou autres stations « peoplelisée », j’aimerais bien inviter, encourager l’élite de Genève à aller s’aérer là où le luxe, le calme et la volupté émanent de la nature et non de l’étiquette affichée sur un article, une chambre, une auto ou une montre… je viens de le vivre et c'est riche de sensations.

Aimer l’argent pour ce qu’il représente et non pour ce qu’il permet d’afficher, prendre le temps de vivre et non de vivre contre la montre et donc contre le temps lui-même. Profiter de ceux qui nous entourent et non pas s’entourer de ces profits, qui ne profitent à rien ni même à personne. Préférez le grand air à l’air conditionné, et prendre le temps de contempler sans vouloir systématiquement « acheter » (ou « à jeter » l’argent par les fenêtres aux yeux de ceux qui comptent leurs sous). Sans tomber dans le ton « Cosette », l’image est pourtant assez proche de la réalité, de celle de beaucoup, et est le quotidien bien réel de trop de nombreuses personnes. Tout ça parce que certaines personnes ont préféré le profit à la vie, tout simplement ou aussi bêtement que ça.

 

Par DELSHA - Publié dans : Confidences - Communauté : (Re)pensez le monde
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