Dimanche 3 août 2008 7 03 /08 /Août /2008 21:40

Une fois n’est pas coutume, c’est de pétrole dont je vais parler, ou plus exactement de « prévisions » de commentateurs spécialisés relayées par la presse dite « grand public », sur le cours du brut à la fin de l’année. Pourquoi? Car il s'agit d'un article que ne laisse place à aucune réflexion, aucune analyse de fond n'est suggérée, proposée, il n'y a aucun réel contre argumentaire ( si ce n'est les propos d'une spécialiste en matières premières de chez LOHD, qui soutient la thèse d’un prix du baril fort)

Ce matin, dimanche 3 août, en lisant le Matin (le quotidien suisse) , je suis tombée sur un article intitulé : Le baril sous les 100$ d’ici à Nouvel An, rien que le titre en dit long.

En effet, le quotidien relate que selon l’affirmation d’Edward Morse, "de la prestigieuse banque Lehman Brother", le cours devrait passer sous la barre des 100, à 93 pour être précis.

En à peine quelques lignes, nous avons une affirmation suivie d’une probabilité (devrait au lieu donc, selon l'usage affirmatif de sera). Première question qui me vient à l'esprit : Comment peut-on affirmer qq chose que nous ignorons, sous le seul prétexte d’être une personne influente dans son domaine ? C'est exactement la question que je me suis posée lorsque notre président avait affirmé qu’Ingrid Bétancourt était, je cite, en danger de mort. Certes son état de santé était préoccupant, mais de la à affirmer « en danger de mort » il y a une marge à ne pas franchir, ne serait-ce que pour les proches, sauf si notre président en savait d'avantage…Malheureusement trop peu de médias, dans leur majorité, dénoncent ce genre d'attitude. Bien au contraire, il reprennent ces affirmations en boucle, sans travail de recherche, sans bémol.

Selon Edward Morse, il y a 4 raisons pour affirmer cela. Pour ceux qui en verrait d’autres ou moins, il s’agit de 4, ni plus, ni moins !!!

La première : Le pétrole est une matière cyclique, autrement dit, la demande n’est pas la même selon les périodes de l’année. Autrement dit encore, dans le contexte actuel et de l'article, il y aurait une baisse de la demande après l’été. Les raisons, elles,  ne nous sont pas expliquées. Serait-ce parce que l'on produit d’avantage en été ? Parce qu'on roule d’avantage en été ? ou que l'on prend l’avion d’avantage en été ? Bref...La dessus pas de réponse. D’autant plus que, mondialisation oblige, de quel été s’agit-il, celui du monde occidental (pays du nord) ou celui du reste du monde justement, essentiellement au sud?

Un argument  en somme léger ou alors fort incomplet, pour pffrir une meilleure compréhension aux lecteurs.

Deuxième raison invoquée par le spécialiste : L’économie chinoise va baisser après les jeux olympiques!

Pourquoi? Là aussi, aucune réponse n'est apportée. Par ailleurs, lorsque l’on parle du boom de l’économie chinoise, s’agit-il de l’économie chinoise réelle ou de celle boostée par l’occident. Car si on ne cesse de nous rappeler que la Chine est le premier consommateur d’énergie, parmi les premiers pollueurs, on oublie trop souvent de mentionner que la Chine produit surtout les biens des multinationales occidentales. Prédire une baisse de l’économie chinoise (après les JO) serait-il une façon de nous dire qu’il y a bel et bien une récession économique mondiale et notamment dans les pays de l’OCDE? Si tel est le cas, cet argument ne va donc pas dans le sens des plus optimistes des spécialistes et commentateurs qui nous martèlent que le pire est derrière nous et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Troisième raison : une réévaluation vers le haut des stocks disponibles (après l’été donc). On annonce des chiffres, le marché spécule dessus, et puis on réévalue les données. Ici, à la hausse. Il n’est donc pas utile de faire une évaluation objective et réelle en temps voulu, mais juste d'aporter une évaluation théorique ! Basée sur quoi ?

Quatrième raison : De nouveaux gisements, de nouveaux puits et une meilleure capacité de raffinerie. Ces trois faits en un, laissent entendre que les gros groupes pétroliers (ce sont ceux là qui sont au coeur des gisements, des puits et de la raffinerie) ont massivement réinvesti dans ce domaine ces dernières années, et auraient moins rétribué leurs actionnaires !  Les cours, avant la baisse des marchés, ne le reflètent guère. Si on regarde la capitalisation boursière de ces derniers,  fort est de constater qu’il en est rien. Alors ? Aucune réponse nous est donné dans cet article, seule l’affirmation du spécialiste compte.

 

Alors certes, Edward Morse, pourrait fort bien "voir juste", le maintien de la baisse du cours du brut à court terme. Une concertation au plus haut niveau (pouvoir politique en tête) devrait permettre de faire descendre le prix du baril afin de redonner un peu de pouvoir d’achat à des ménages en peine, et devrait peut-être permettre (pensent-ils) de soutenir la demande (consommation) de ces derniers, ce qui aurait pour effet de terminer l’année sur une note plus optimiste : La consommation est demeurée soutenue par les pays de l’OCDE (Etats-Unis et Union Européenne en tête) et donc de ravir les marchés.

Toutefois, sachant que les réserves connues sont de moins en moins grandes, le pétrole de par sa rareté, sera , il faut s'y faire, coûteux : question d’offre et de demande.

Seul un réchauffement climatique extraordinaire , entraînant la fonte des glaces du pôle sud, permettrait de nouveaux forages à coût réduit…donc une augmentation de l’offre….mais pas forcément de la demande, car avec un tel scénario, les conséquences ne permettraient plus de faire de ces prévisions.

Sachant que cette analyse, que cette prévision émane de Lehman Brother, il est possible que le marché donne raison à Edward Morse (nous sommes toujours en période de mimétisme et de doute), en terme de résultat,  mais certainement pas en terme d’approche. Ceci dit, rien n’est aussi sur aujourd’hui. Sachant que le marché cherche désespérément sa boussole. Si c’était le cas (avis aux parieurs en tout genre), quel serait le mérite réel d’Edward Morse (ou de tout autre analyste de même genre, Morse n’étant qu’un exemple) ?

Revenons au public maintenant, puisque c'est là où je voulais en venir…qu’a t’il appris, que va t’il retenir d’un tel article ?

Lorsque l’on parle de tels sujets (importants donc), le journaliste ne serait-il pas tenu de mieux maîtriser son texte, de mieux argumenter (pour ou contre, références, données réelles) son texte ? S’agit-il ici d’information ou de propagande ? (On peut se poser la question) Quel est le sens et le but d’un tel article ? Rassurer les gens ou les rendre encore plus manipulés ?

Ce sont en tout cas les questions que je me pose de plus en plus lorsque je regarde les informations, lorsque je lis la presse. On nous montre toujours une infime partie de l’iceberg, tout en nous certifiant, en nous affirmant qu’il ne s’agit que d’un plaque de glace, que tout est là, visible, sur la table.

Et que fait l’opinion publique? Alors qu’elle n’argumente pas ce que les professionnels lui disent, elle se divise, elle s’oppose entre elle, en fonction des partisans du pour et ceux du contre, mais rarement en essayant d’aller plus loin. De faire sa propre analyse, en s’informant (pour/contre, thèse/antithèse).

Le temps où les médias étaient des informateurs sérieux et souvent neutres, un tel travail n’était pas forcement nécessaire, car il faut bien l'admettre, ceci demande du temps. Certes, l’erreur était possible, mais rarement dirigée. Aujourd’hui, prendre du recul avec l’information devient une priorité absolue afin de ne pas  se noyer sous un flot de désinformations.

Prendre pour argent comptant tout ce qu’on nous donne comporte de gros risques, surtout si on agit à découvert

Il s’agit ici d’un exemple une fois de plus parmi tant d’autres, toutefois la réflexion peut s’appliquer dans de nombreux domaines.

Le but n’était pas ici d’argumenter ou de faire des prévisions sur le cours du brut , vous l'auriez bien compris (toutefois de par sa rareté, une baisse ne pourrait être que brève et éphémère, fini le temps du pétrole bon marché, avec ou sans changement de mode de consommation et de production), mais d’amener à la réflexion, en règle générale sur ce qui nous est dit, sans forcement tout remettre en question, mais afin d’aborder les choses avec une meilleure vue d’ensemble.

 

 

Lien de l’article en référence :

http://www.lematin.ch/fr/actu/economie/le-baril-sous-les-100-d-ici-nouvel-an_11-210597

Par DELSHA - Publié dans : Reflexions - Communauté : (Re)pensez le monde
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus